Présence française au Sahel : Les convois militaires de plus en plus indésirables

Présence française au Sahel : Les convois militaires de plus en plus indésirables

Le convoi militaire français parti de Côte d’Ivoire pour Gao, au Mali, en transitant par le Burkina Faso et le Niger, rencontre d’énormes difficultés sur son itinéraire. Bloqué dans un premier temps à Kaya au Burkina Faso, il sera de nouveau bloqué par des manifestants samedi 27 novembre 2021 dans la ville nigérienne de Téra avant de reprendre la direction de Gao.

Ce convoi, qui effectue une liaison entre la Côte d’Ivoire et le nord du Mali, a été pris pour cible peu après son entrée sur le sol nigérien alors qu’il était bloqué depuis une semaine au Burkina Faso par plusieurs centaines de personnes protestant contre la présence de la France au Sahel. Le convoi bloqué depuis le 19 novembre à Kaya, ville du Centre-Nord du Burkina Faso, a pu finalement quitter la région vendredi.

Moins de 30 km après le passage de la frontière burkinabè, il a fait face à de nouvelles manifestations à proximité de la ville de Téra, dans l’ouest du Niger, où il effectuait une pause pour la nuit, a déclaré à Reuters Pascal Ianni, porte-parole du chef d’état-major des Armées françaises.

Dans un communiqué, le ministère nigérien de l’Intérieur a déclaré que « le convoi de la force française Barkhane, sous escorte de la gendarmerie nationale, en route pour le Mali, a été bloqué par des manifestants très violents à Téra, où il a passé la nuit ». « Dans sa tentative de se dégager, elle a fait usage de la force », a-t-il ajouté, faisant état d’un bilan de 2 morts et 18 blessés dont 11 graves.

La présence militaire française au Sahel, déployée dans le cadre de l’opération Barkhane de lutte contre les groupes djihadistes, est de plus en plus critiquée par les populations vivant dans la zone du Sahel. Il est reproché aux forces françaises leur position ambiguë dans ce conflit qui a déjà fait de nombreux morts tant parmi les civils que les militaires.

Composée de près d’une centaine de véhicules, cette colonne de véhicules blindés et légers avait déjà été bloquée au Burkina pendant plus d’une semaine à la suite de manifestations anti-françaises. Après des négociations avec les organisateurs de ces manifestations, il avait pu reprendre sa route pour le Niger où il est arrivé vendredi.

« Les forces de sécurité nigériennes étaient sur place et ont réussi à maintenir les manifestants à distance du convoi avec des gaz lacrymogènes », a-t-il expliqué. Mais après un moment de calme, vers 10H30, la tension est remontée chez le millier de manifestants. Les gendarmes nigériens et les soldats français ont effectué des tirs de sommation », a poursuivi le porte-parole.

Les critiques à l’égard de la présence militaire française se multiplient au Niger, au Mali et au Burkina Faso depuis quelque temps. La politique de l’Elysée n’est pas très appréciée dans la région. A l’origine, les manifestants accusaient les soldats français de transporter des armes pour les groupes djihadistes qui terrorisent depuis des années plusieurs pays du Sahel et sont combattus sur le terrain par l’armée française dans le cadre de l’opération Barkhane. Dans ce contexte tendu, le président du Niger, Mohamed Bazoum, a exprimé vendredi soir sa « reconnaissance » envers la France dont il a salué « les sacrifices » dans les pays du Sahel.

Paris a entrepris en juin de réorganiser son dispositif militaire de lutte contre les djihadistes au Sahel, en quittant notamment les bases les plus au nord du Mali (Kidal, Tombouctou et Tessalit) et en prévoyant de réduire ses effectifs dans la région d’ici 2023 à 2.500-3.000 hommes, contre plus de 5.000 aujourd’hui.

Après le Burkina Faso et le Niger, quelle sera la réaction de la population sur le territoire malien et précisément à Gao, une région où l’hostilité contrela présence française a atteint des proportions inquiétantes. Tout porte à croire que le trajet ne sera pas une partie de plaisir quand le convoi quittera le Niger pour se diriger vers la frontière malienne.

Ahmadou Sékou Kanta

Source : L’Observatoire

L’Express Du Mali