Mali : La reconquête du territoire national à pas de tortue

Mali : La reconquête du territoire national à pas de tortue

Difficile rétablissement de l’autorité de l’Etat, absence des services sociaux de base, fermeture des écoles… Malgré des opérations militaires menées jusque-là, des localités au nord et au centre, sous contrôle des groupes armés, peinent à être dans le giron de l’Etat du Mali en rupture de ban avec ses partenaires. L’Expressdumali.com fait le point.

Les actions de stabilisation du pays en vue de rendre effectif le retour de l’administration dans des zones occupées n’ont pas permis, à présent, de parvenir à cet idéal. La Transition s’est, avec l’arrivée d’Assimi Goita à la tête du pays et Choguel Kokalla Maiga comme Premier ministre, en juin 2021, illustrée par une rupture avec les partenaires traditionnels du pays. Une situation qui a durci les rapports entre le Mali et ses partenaires que sont la CEDEAO, la France et la communauté internationale.

Des sanctions économiques et financières de la CEDEAO imposées contre le Mali, le départ de certains partenaires au développement, le retrait de Barkhane et Takuba sont les aspects visibles de la situation difficile du pays, qui semble malheureusement occulter l’une des attentes des populations : le retour de l’Administration dans les zones occupées.

A noter que des efforts du gouvernement se poursuivent pour soulager les populations locales, fatiguées par une décennie de crise. Selon le rapport trimestriel d’Octobre 2022 de la Minusma, ‘’le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et les groupes affiliés demeurent la principale cause de l’insécurité, compliquant encore le rétablissement de l’autorité de l’Etat et la fermeture des services sociaux de base aux populations’’.

«Au 31 août 2022, la présence des autorités de l’Etat (gouverneurs, préfets et sous-préfets) dans leurs lieux d’affectation à Mopti et Ségou atteignait 26% (29 fonctionnaires sur 110), contre 19% à la fin du mois d’Avril 2022 », indique ledit rapport, qui précise également que, le 28 juillet dernier, « le Conseil des ministres  a nommé 189 sous-préfets dont 19 femmes. 23 devant être déployés dans les régions de Ségou et San et 27 dans celles de Mopti, Bandiagara et Douentza ».

Sécuriser les zones récupérées par la police et les sapeurs-pompiers

Considérée comme la première et la plus importante des entreprises du pays, la scolarisation des enfants dans les régions du nord et du centre connait aussi une perturbation sans précèdent.  « Au total 1.731 écoles (comptant 519. 300 enfants et 10.032 enseignants) n’étaient pas fonctionnels, principalement en raison de l’insécurité, dans les régions de Mopti (43%) et Ménaka (39%) », révèle un autre rapport de la Minusma en date de Juin 2022.

Interrogé, Ousmane Kornio, spécialiste des questions sécuritaires et membre du Conseil national de la Transition, reconnait que dans plusieurs localités du pays l’administration est absente. « Je ne peux pas me prononcer sur les chiffres de la Minusma. Mais je reconnais quand même que l’administration est absente dans plusieurs localités du pays. Le nord, c’est même mieux que le centre qui est aujourd’hui une préoccupation nationale », déclare-t-il. Pour lui, ‘’la décision des plus hautes autorités du pays de militariser la police nationale et les sapeurs-pompiers, adoptée par le CNT, est une bonne chose. Ce qui permettra de faire sécuriser les zones récupérées par ces deux corps. Ensuite, l’Armée pourra poursuivre la reconquête d’autre localité. Et progressivement l’administration reprendra sa place ».

Sous-préfets et maires concentrés à Douentza

Joint au téléphone depuis Douentza, Moulaye Ongoiba, 2eme adjoint au maire de la Commune rurale de Mondoro, revient sur la présence de l’administration dans la région de Douentza. Lui qui réside loin de sa circonscription électorale, Mondoro, précise que dans les cinq arrondissements (Mondoro, Hombori, Boni, Boré et N’Gouma) que compte Douentza, seul le maire de Boré est sur place. « Tous les sous-préfets et les maires sont concentrés, aujourd’hui, à Douentza sauf celui de Boré. Pour se rendre dans ces localités, il y a des conditions sur lesquelles il faut se mettre d’accord avec des hommes armés en brousse. Si tu acceptes, il n’y a pas de problème. Si c’est pour aller mener des activités dont ils sont contre, tu n’es pas sécurisé, c’est impossible », explique-t-il.   

Pour Moulaye Ongoiba, il faut trouver une solution à cette situation d’insécurité. Il estime que le dialogue doit prévaloir entre l’Etat et les hommes armés. « J’ai toujours dit, il faut que l’Etat cherche à rencontrer ces responsables soi-disant djihadistes et parler avec eux. Que l’Etat fasse des assises nationales, si possible, pour parler avec eux. On sait que toutes les conditions qu’ils posent ne peuvent être acceptées. L’Etat, de son côté, a ses principes. Obligatoirement, ils vont donc laisser certaines choses pour se comprendre. Sinon comme ça, avec les armes, moi, je suis sûr et certain, nous allons faire des années sans que cette situation-là soit décantée », poursuit-il.

Avant de souligner l’attente des populations au niveau de la région. « Nous ne voyons pas cette situation comme ceux qui sont à Bamako ou dans les grandes villes. Les gens veulent que leurs enfants partent à l’école.  A partir des communes, des villages ou hameaux, on ne peut même pas parler d’école, ni un enseignant, ni des élèves. Il y a des enfants qui sont devenus majeurs privés d’éducation, entrain de balader. Voilà notre inquiétude, ajoute-t-il, et s’interroge : qu’est-ce que ces enfants-là vont devenir demain ? ».

En quête incessante de solution aux défis auxquels le Mali est confronté, les autorités de la transition semblent butées aux nombreux obstacles qui jalonnent le chemin du retour de l’administration sur l’ensemble du territoire national.

Ousmane Anouh Morba/lexpressdumali.com

L’Express Du Mali